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Blog - Journal de bord
Dans le train avec les contrebandiers (Vendredi 15/08/2008)
Modifié le 30/12/2008 à 17:14:30
Une semaine passée à Ulaanbaatar en compagnie de Naraa et sa famille. Temps de décompresser, de mettre à jour mon blog, de regarder un peu la télé (Jeux Olympiques de Pékin), de voir arriver les participants du Mongol Rallye 2008 (beaucoup de pub, et qu'ont-ils fait de plus que la ‘Petite’ ?), d'acheter mon billet de train... Temps aussi de faire établir par Khulan Purevsuren, la jeune assistante de Sébastien Marneur, les documents nécessaires pour pouvoir quitter le pays sans la ‘Petite’. En effet, cette dernière est mentionnée sur mon visa d'entrée et sans les déclarations et documents douaniers attestant du fait qu'elle quittera le pays indépendamment de moi, j'aurais à payer taxes et amendes... Il faudra plusieurs jours de démarches pour obtenir, in extremis, tous ces documents ! Le 14 août, j'invite Naraa, Ganaa et Pujee pour un dîner d'adieu. Au restaurant, il y a un écran géant sur lequel on peut suivre la finale des compétitions de judo à Pékin. La lutte pour l'or dans la catégorie jusqu'à 100 kg a lieu entre le Mongol Tuvshinbayar Naidan et le Kazakh Askhat Zhitkeyev. Dans la salle on suit le combat. Explosion de joie quand l'enfant du pays sort vainqueur. Je me sens Mongol, fier de l'exploit : la première médaille d'or olympique pour ce pays ! Temps de partir, enfin. Naraa et Ganaa m'accompagnent à la gare d'Ulaanbatar. Une provodnitsa (responsable de wagon) mongole vérifie mon billet. ![]() Je prends place dans le train Ulaanbaatar-Moscou. ![]() Sur le quai, Naraa et Ganaa me font leurs adieux. Jusqu'au dernier moment, ils auront été adorables et aux petits soins : Naraa m'achète encore quelques bouteilles d'eau qu'elle me passe par la fenêtre. ![]() Autour de moi, les gens s'installent pour ce qui va être un très long voyage. Le mien prendra seize heures pour couvrir 500 km... Moscou est à plus de 5000 km et plusieurs jours de train. Celui-ci se met en route, la gare défile à vitesse lente, j'ai entamé le retour de ma grande aventure. ![]() Dans mon compartiment, des Mongols. Dans les autres aussi. Un wagon rempli de Mongols (sauf trois jeunes Danois au bout) qui semblent tous se connaître. Je ne mettrai pas longtemps à découvrir qu'il s'agit en fait d'une bande de contrebandiers organisés, avec à leur tête la petite vieille qui se tropuve dans mon compartiment. À peine sortis de la gare, une activité frénétique se développe. Les hommes accourent et lui apportent des bagages qui s'entassent par terre, sur les bancs. Sacs en plastique, cartons, paquets en papier kraft. Je dois me faire tout petit dans mon coin. Toute la marchandise semble venir directement de Chine : couvre-lits en soie, culottes et soutien gorges faits pour des matrones russes plutôt que pour de frêles Chinoises ou Mongoles, trainings, robes de nuit, bijoux clinquants... La vieille développe une activité incroyable et est d'une dextérité extraordinaire. Chaque couvre-lit est sorti de sa housse en plastique transparent et entre les plis sont soigneusement glissés bas, strings et culottes, ou encore chemises et pull-overs. Le tout retrouve sa place dans la housse : ni vu ni connu ! La marchandise sera vendu sur les quais des gares russes, pour une marge bénéficiaire de quelques tögrögs ou roubles qui ne justifieraient pas cet effort commun si la vingtaine de contrebandiers dans mon wagon n'étaient pas très pauvres : chaque kopeck est bon à prendre ! ![]() Les hommes partent je ne sais où avec ces paquets, qui seront sans doute planqués quelque part sous un faux plafond ou autre débarras secret, avec la complicité bienveillante des deux provodnitsas. Des cartons sont ouverts qui contiennent des saucisses fumées. Une dizaine est accrochée entre les rideaux et la fenêtre du compartiment. Dans tous les autres compartiments, ce sera la même chose. Une odeur pesante s'installe dans le train... Le paysage défile à vitesse lente. Des petites gares, des collines avec des yourtes, un passage à niveau, une rivière... Je partage le compartiment non seulement avec la vieille, qui me parle continuellement en mongol, se souciant peu du fait que visiblement je ne comprends rien. On échange sourires, gâteaux, un bout de fromage, des cornichons, des biscuits... Elle est accompagné par un jeune homme (son fils ?) et sa femme. La nuit tombe. J'essaye, en vain, de trouver le sommeil dans le vacarme du train et du va-et-vient permanent des contrebandiers. En pleine nuit, le train s'arrête à Sükhbataar, où nous avions passé notre première nuit mongole il y a un mois exactement. Une douanière ramasse tous les passeports. Après un temps d'attente interminable, une autre douanière, assez jeune, vient me trouver. Elle a un joli visage, mais son regard est sévère. Elle me parle en mongol. Je hausse les épaules. Elle répète en russe. Je ne comprends toujours pas et lui parle en anglais. Elle parle un peu d'anglais et me fait signe de la suivre. Ça y est, me dis-je, il va falloir montrer les papiers de dédouanement de la voiture. Nous voilà débarquant du train, traversant le quai, vers le bâtiment de la gare. Elle me dirige vers un petit bureau. Sur une table se trouve mon passeport. Un index sévère me montre mon visa : - Votre visa est périmé ! - Pas du tout, dis-je, il est valable 30 jours. - Et bien, justement, vous êtes entrés dans le pays le 16 juillet, on est le 15 août, cela fait 31 jours ! - Non, ça fait exactement 30 jours... - Vous vous trompez. Elle compte sur ses doigts: 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15... Puis, triomphale : - Vous voyez bien : ça fait 31 jours ! J'essaye de me faire pédagogue: - Mais non : je suis entré en Mongolie l'après-midi du 16 juillet. Donc le 17 juillet, cela faisait un jour que j'étais dans le pays, le 18 deux jours et ainsi de suite. Aujourd'hui, c'est le trentième jour. C'est le problème des mètres de clôture et du nombre de poteaux si on en place un tous les mètres. - Ah non ! Pour nous, le jour d'entrée est le jour numéro un ! - C'est une erreur mathématique. La discussion tourne en rond autour de ce thème. De façon interminable, chacun de nous restant sur son point de vue. J'ai peur que le train partira sans moi. J'essaye une autre tactique : - Et quand bien même, si on admet que j'ai dépassé d'un jour, c'est vraiment grave ? Vous n'allez pas me garder pour si peu... Cela n'a pas l'air de l'amuser... Le bluff alors : - Je veux parler à votre chef. Elle sort du bureau, mon passeport en main, m'ordonnant de l'attendre. Elle dit quelques mots à un vigil armé dans le couloir. Au cas où je voudrais m'évader ? Elle revient, accompagné d'un homme à l'uniforme impressionnant et au regard sévère. Il me parle en mongol. Elle traduit. - Ma collègue a raison. Votre visa est périmé. Vous êtes en infraction. Je lui refais le raisonnement de la clôture et des poteaux. - Ici, en Mongolie, on ne compte pas comme ça. - Chez moi, en Europe, si ! Si j'avais su, je serais parti hier ! - Peut-être, mais vous êtes en infraction d'après les lois de mon pays. - Comment on va résoudre ça, alors ? Soudain, il ordonne quelque chose à la jeune femme. Celle-ci sort. - Vous savez, me confie l'officier, qui soudainement sait parler l'anglais, hier, la Mongolie a gagné une médaille d'or aux Jeux Olympiques ! - Je sais, lui dis-je, au judo, Tuvshinbayar Naidan, j'ai regardé le combat avec mes amis d'Ulaanbaatar. Formidable lutteur ! Il sourit et me tend la main : - Je suis de très bonne humeur. C'est pourquoi je vous laisse repartir maintenant. Bon voyage ! La douanière revient. Mon passeport est tamponné. Elle m'accompagne jusqu'au wagon. Le train se remet en route. Et personne n'a demandé les papiers de la voiture... Dans le compartiment, on se prépare pour le passage de la frontière russe. Devant mes yeux ébahis, la vieille enfile six pantalons de training, les uns sur les autres, puis s'allonge sur la couchette supérieure. Arrêt à la gare russe de Naushki. ![]() Les douaniers russes montent à bord. Ils contrôlent partout, montent sur les couchettes, éclairent derrière les valises... et ne trouvent rien ! Je me sens comme avec les enfants, lorsqu'ils ne trouvaient pas leurs œufs de Paques dans le jardin. J'ai envie de leur dire : - Regardez là, et là ! Regardez la vieille : elle porte six pantalons de training ! Regardez derrière les rideaux : il y a des saucisses partout ! Mais les douaniers, avec leurs beaux uniformes, leurs bottes cirées, leurs crânes rasés, leurs pistolets et leurs lampes à halogène, ne voient rien, ne sentent rien... La seule chose qui les intéresse est ma caisse en alu. Il faut que je défasse les cadenas, que j'ouvre, que je déballe tout dans l'espace étroit. Je transpire en montrant mon matériel pour la photographie avec cerf-volant, mes médicaments, mon trépied... Puis je dois ouvrir mon sac jaune. Avec horreur, j'y découvre quantité de petites culottes chinoises encore bien emballées. La vieille a dû les y glisser pendant que j'avais le dos tourné... Je suis furieux, mais ne dis rien. Par dessus l'épaule du douanier russe, la vieille mongole me fait des clins d'œil entendus... Ensuite tout le monde doit sortir. Une queue interminable. Il faut se faire tamponner le passeport dans un petit bureau, où il faut également remplir une fiche de déclaration de douane. Quand nous repartons enfin je suis épuisé. En tout, on aura mis cinq heures pour franchir la frontière russo-mongole. Je m'effondre sur ma banquette, mais déjà le jour se lève. Je contemple la vallée de la Selenga, des pêcheurs matinaux, les datchas russes. Peu à peu, la steppe redevient taïga. J'échange quelques SMS avec Tanya, qui viendra me chercher à la gare. Je tire ma caisse et mon sac à travers l'étroit couloir qui mène vers la sortie du wagon. Ce sont enfin les faubourgs d'Ulan-Ude qui défilent devant ma fenêtre. Le train ralentit, s'arrête enfin. Quand je descends du train, je me sens sale et je suis cassé. Tanya est là et m'aide à porter mes affaires. On s'engouffre dans un taxi. - Je t'emmène chez une copine qui t'hébergera. - Très bien, réponds-je machinalement. À ce stade tout me va. Quelqu'un me secoue. C'est Tanya. Pendant le trajet à travers la ville, je me suis endormi. On est arrivé chez Alyona.
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On a parlé de la ‘Petite’ dans la presse
Modifié le 30/12/2008 à 17:13:56
Beaucoup, même ! Voici les principaux articles: Mai 2007 « De duvel is oud, ik doe wat ik wil » - Plus Magazine, 05/07, p. 20-21 (Pays Bas) Juillet 2007 « Renault 4CV Paris Pékin - Sur les traces de Borghese » - Gazoline, 13 (136), p. 30-35 (France) « Direction Pékin à bord d'une 4CV » - Le Quotidien, 06/07/07, p. 39 (Luxembourg) « L'aventure en voiture - Départ de Steven Weinberg pour Pékin en 4CV » - La Voix, 07/07/07, p. 2 (Luxembourg) « Paris-Peking im Renault R4 » (sic) - Luxemburger Wort, 09/07/07 (Luxembourg) « Paryż - Sławięcice - Pekin » - NTO, 13/07/07 (Pologne) « Ein großes Abenteuer - Mit der 4CV von 1946 auf die Reise Richtung Peking » - Tageblatt, 19/07/07, p. 22 (Luxembourg) « З Парижа в Пекін - через Тернопіль » - 20Minut, 19/07/07, p.5 (Ukraine) Août 2007 Француская ‘Антилопа Гну’ на берегах селенги » - Правда Бурятии (Pravda Buryatyi), 37 (22470 du 30/08/07), p. 1, 12 (Russie) Septembre 2007 « Потрясающая авантюра » - Автоланд (Avtoland) 7 (15), p. 46-47 (Russie) Novembre 2007 « Renault 4CV Paris Pékin - 1. La Petite est en Sibérie ! » - Gazoline, 13 (139), p. 26-31 (France) Mars 2008 « Auf der Suche nach Geschichten der Menschheit - Steven Weinberg reist von Paris nach Peking und eht dabei auf eine geschichtliche Entdeckungsreise » - Tageblat, 26/03/08, p. 59 Avril 2008 « Paris-Luxemburg-Peking - Mit dem Oldtimer um die halbe Welt » - Telecran, 4, p. 24-27 (Luxembourg) Mai 2008 « Oldtimerfahrt - Eistanz auf Rädern » - Telecran 26, p.36-41 (Luxembourg) Juillet 2008 « Renault 4CV Paris-Pékin. 2. La Petite glisse sur le lac Baïkal ! » - Gazoline, 14 (147), p.34-39 (France) Août 2008 « Renault 4CV Paris-Pékin. 3. La Petite a vaincu le lac Baïkal ! » - Gazoline, 14 (148), p. 42-47 (France) Septembre 2008 « Sur la route de la découverte » - Le Quotidien, 03/09/08, p.1, 14 (Luxembourg) « La ‘Petite’ au Levant » - La Voix, 22/09/08, p.2-3 (Luxembourg) Novembre 2008 « Renault 4CV Paris-Pékin. 4. La Petite en Mongolie » - Gazoline, 14 (150), p. 34-39 (France) Décembre 2008 « Renault 4CV Paris-Pékin. 5. La Fin du voyage » - Gazoline, 14 (151), p. 52-57 (France) « Oldtimerfahrt - Am Ende der Welt » - Telecran 52, p. 34-38 (Luxembourg)
Les statistiques du voyage
Modifié le 08/12/2008 à 09:39:22
Après les impressions et les descriptions, voici le résumé du voyage en chiffres: Distance totale parcourue : 16 103 km Nombre de jours de route : 69 Moyenne journalière : 233 km/jour Nombre de pleins : 79 Essence consommée : 1244 litres Consommation moyenne : 7,7 litres aux 100 km (ou 12,9 km par litre) [étant donné qu'on a dû couvrir de grandes distances en 1ère ou en 2nde, ceci n'est pas trop mal] Endroit le plus à l'Ouest : Bailly (région parisienne) : 2°04' E Endroit le plus à l'Est : Erdene (désert du Gobi) : 111°14' E Endroit le plus au Nord : Tyumen (Sibérie) : 57°09' N Endroit le plus au Sud : Erdene (désert du Gobi) : 44°20' N et Cap Sarytch (Crimée) : 44°23' N Température la plus basse : - 23°C au Lac Baïkal (mars 2008) Température la plus élevée : + 45°C dans le désert du Gobi (août 2008) Écart de température : 68°C Litres de vodka consommés : considérable
20.000 ! Et l'avenir de la ‘Petite’...
Modifié le 10/11/2008 à 13:37:38
Aujourd'hui, le lundi 10 novembre 2008, ce site, créé le 17 mai 2007, a reçu plus de 20.000 visites ! Cela fait près de 40 visites par jour depuis un an et demi ! C'est dire que l'aventure de la ‘Petite’ en a passionné plus d'un(e) !
Alors où en est-elle, vous demandez-vous ? D'après les dernières nouvelles, bien calée dans son container par des yourtes destinées à l'exportation, elle a fait le chemin d'Ulaanbaatar jusqu'à Tientsin en camion, traversant ainsi le Gobi une troisième fois, bien à l'abri des regards. Du coup, elle a également transité par Pékin ! ![]() En ce moment même, elle se trouve à bord d'un navire, destination la France. Arrivée prévue au Havre vers la fin du mois, au plus tard début décembre. À partir de là, elle rejoindra la région parisienne, où je la récupèrerai. Suivront une expertise sur les travaux (sans doute considérables) à effectuer pour la remettre en état. Le devis risque d'être salé... Je ferai ensuite tout mon possible pour la (faire) réparer. Cela va coûter des centaines, probablement même des milliers d'euros. Mérite-t-elle cela ? Pour moi, la question ne se pose même pas ! Mais pour mon portemonnaie la question risque de se poser... Les idées les plus folles jaillissent dans ma tête, puis sont rejetées. Si je ne peux me permettre de la rénover, finira-t-elle ses jours sur un socle de béton dans mon jardin ? Ou bien va-t-on créer « L'amicale des adorateurs de la ‘Petite’ » ? Avec des actionnaires qui pourront s'acheter des jours à son bord pour la prochaine aventure ? Les paris sont ouverts, et je suis ouvert à toute proposition...
La ‘Petite’ en chocolat !
Modifié le 26/09/2008 à 14:36:31
Il y a deux semaines, nous avons reçu la visite de deux amis suisses, Simone et François Cottier, qui avaient suivi les tribulations de la ‘Petite’ sur le blog. Ils nous apportaient une grosse boîte mystérieuse... Une fois déballé, on y trouvait un paysage et la 4CV tout en chocolat suisse, avec cette inscription délicieuse (dans tous les sens du terme): «Ma ‘Petite’, t'es à croquer!» En effet... Merci les amis!
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