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Le trajet autour du monde :









3000 km (Mardi 27 juillet 2010 – 295 km)
Modifié le 29/07/2010 à 18:35:52


Matinée surchargée à Ames. Alan nous montre quelques exemplaires de sa collection de vieux crics en fonte, la plupart datant du début du XXe siècle, comme cet exemplaire de 1908, l'année du New York-Paris.

Encore une interview (les bons citoyens d'Ames sauront qu'on est passé par là !), un blog à mettre en ligne, un petit-déjeuner dans un salon de thé, le tout en compagnie de l'infatigable Dennis. Puis, il nous fait visiter l'ancienne école Hoggatt (datant de 1864) – pour mon projet de reportage photo sur le thème “La salle de classe”.

Ensuite, on admire la peinture murale célébrant le maïs – façon Maya et façon scientifique, ce deuxième volet étant une célébration de l'Iowa State University locale et son département de biologie et d'agronomie.

Il est midi passé quand Anna et moi quittons enfin cette ville où nous nous sommes fait des amis sympathiques. Nous empruntons la route vers l'Ouest qui mène par Boone. La température avoisine déjà les 38°C, et nous faisons une petite halte auprès d'une rivière, pour nous rafraîchir et pique-niquer.

Dans la vase des berges des traces de pattes de petits mammifères, sous le pont toute une rangée de nids d'hirondelle. Dans une station-service, nous photographions un duo qui se présente comme voisins. Donald “Chop” Gibson est un fermier de 70 ans, qui cultive le maïs et les haricots. Earl Roberts (59 ans) travaille dans une usine qui fabrique des camions poubelle.

Juste avant de traverser le Boyer River, on aperçoit un beau petit cimetière de vieilles voitures, véritables sculptures de tôle rouillée. Il y a là une Chevrolet Special Deluxe, une De Soto custom et quelques pick-up International.

À Missouri Valley, nous atteignons les 3000 km. Notre témoin, cette fois-ci, s'appelle Sandy Meyer, qui tient un camping et une épicerie.

Mais nous n'y passerons pas la nuit, car on a un rendez-vous à Omaha. Nous traversons le fleuve Missouri et rentrons ainsi dans le Nebraska. Les trains de marchandises et de charbon se succèdent sur la voie ferrée qui court parallèlement à notre route.

C'est en fin de journée que nous arrivons enfin chez Mike Hagel. Je ne sais rien de Mike, qui m'a contacté par Internet, sauf qu'il a presque fini de restaurer une 4CV de 1950 que je tiens à saluer. Quand nous arrivons chez lui, sa garage est ouverte, et nous apercevons immédiatement sa 4CV, belle et rutilante comme si elle venait de sortir des usines de Boulogne-Billancourt.

Mais il y a d'autres surprises. Dans ce même garage, il y a une Norton Commando twin de 1972, d'un modèle très semblable à celui que j'avais retapé et que je conduisais dans les années 1960 ! Cathy, la femme de Mike rentre de son boulot, Bill, un ami qui voulait absolument voir “La Petite”, arrive également. Une fois de plus, on nous invite à passer la nuit. Deux chambres d'amis nous attendent. Cathy va chercher une pizza, on sort les cannettes de bière, une discussion animée s'installe. Nous apprenons que Mike est un illustrateur célèbre, travaillant beaucoup pour la publicité, mais s'étant également spécialisée, par passion, dans les tableaux d'avions. Il nous emmène vers son atelier. Je tombe en arrêt devant un poster géant accroché au mur, d'après une peinture qu'il a fait pour le Pentagone.

            - Ne dis rien, lui dis-je, je sais ce que ça représente.

Car en effet, je vois là la ville de Rabaul et Simpson Bay, avec la flotte japonaise sous les bombes des B-25, le volcan Tarvurvur en arrière-plan. J'explique à Mike, qui n'en revient pas, qu'en 1990 j'ai plongée sur plusieurs des épaves des bateaux sur son tableau.

Décidément, entre les 4CV, les motos Norton et les attaques aériennes américaines sur Rabaul, Mike et moi avons beaucoup de choses en commun. C'est aussi ça le voyage – les rencontres inattendues et les surprises.

 





Une journée bien remplie... (Lundi 26 juillet 2010 – 11 km)
Modifié le 28/07/2010 à 21:21:07


Nous commençons par rencontrer la presse locale, ameutée par Dennis. Journalistes et photographes défilent au sièges de l'Ames Historical Society.

Pendant ce temps, je dois écrire moi-même mon papier hebdomadaire pour “Le Jeudi”, pour lequel je suis devenu le correspondant le temps d'un été. En début d'après-midi, nous avons rendez-vous avec le maire d'Ames, Ann Campbell.

Je l'emmène faire un petit tour dans “La Petite”. Au moment où nous partons, un policier sort de la mairie qui abrite également la gendarmerie, avec un prisonnier, menottes au poignets et en tenue rayée noir et blanc. On se serait cru un siècle en arrière – il ne manquait plus que les chaînes et la boule au pied... Choquant de voir qu'on promène ainsi quelqu'un en ville! Pendant ce temps-là, Madame la maire cherche désespérément sa ceinture de sécurité :

            - Comment ? Vous n'en avez pas ? Mais c'est la loi dans l'Iowa !

Je lui explique que la loi qui s'applique aux voitures historiques est légèrement différente – même aux USA. Après ce petit tour, je file chez un garagiste, car le “clac-clac” dans le train arrière gauche n'est pas parti depuis l'intervention d'Ann Arbor, bien au contraire. Avec Jason Jensen, mécanicien compétent et sympathique, on démonte la trompette, on vérifie le cardan et on ne trouve rien de spécial. Il a l'idée d'analyser l'huile de la boîte à vitesses. On y trouve un tout petit peu de limaille de bronze qui ne devrait pas s'y trouver, mais lorsqu'on démonte le couvercle de la boîte et qu'on vérifie les pignons et les synchroniseurs, tout semble normal. Peut-être un peu d'usure et de jeu sur les rainures du moyeu et du tambour de frein ? On remonte le tout. Le verdict de Jason est qu'à son avis il n'y a rien de vraiment inquiétant. Tant mieux ! Sa note est salée. Tant pis !

On finit la soirée dans un bon restaurant d'Ames en compagnie de Dennis Wendell, Alan Spohnheimer et sa fille Sara, trio sympathique de la Ames Historical Society.





Iowa (Dimanche 25 juillet 2010 – 307 km)
Modifié le 27/07/2010 à 18:39:05


Ames, Iowa. Les barrières se ferment. Des feux rouges clignotent. Un signal strident se fait entendre. De loin, je vois s'approcher le monstre, avec ses trois yeux lumineux. Une locomotive de l'Union Pacific Railroad passe, dans un bruit infernal. Suivie de un, deux... trente, quarante... 134 wagons, puis une autre locomotive, qui pousse.

Chaque wagon est chargé de 120 tonnes de charbon en provenance des mines du Wyoming, un total de plus de 16.000 tonnes par train! Et il passe ici une soixantaine de trains par jour... Ames a toujours été une ville ferroviaire. Non pas une grande gare, avec des dizaines de voies de triage parallèles, mais une gare de passage, avec une seule voie menant vers l'Est, l'autre vers l'Ouest. Le Far West... Fondée en 1864 par John Blair, un industriel qui cherchait un tracé pour ses trains, Ames était une gare de ravitaillement. Les locomotives à vapeur de la Chicago & Northwestern Railway y faisaient le plein d'eau avant de continuer leur long voyage. Le charbon qu'ils transportaient servait à nourrir leurs machines à vapeur. Maintenant, les locos diesel-électriques acheminent donc le charbon vers l'Est.

- Pour nourrir nos centrales électriques, commente Dennis Wendell, mon guide et hôte. Car dans l'âge du nucléaire et des énergies renouvelables, alors que le pétrole est le pilier central de l'économie mondiale, le pays le plus riche, le plus puissant et le plus technologique au monde continue de tirer le gros de son énergie du charbon.

Dennis est le curateur de la “Ames Historical Society”. C'est le contraire de l'Américain typique.  Je peux me l'imaginer dans le rôle de Don Quichotte. Il est maigre, avec un visage émacié. Il a une barbiche grise et de longs cheveux gris qui font très artificiels. Anna et moi avons fait le pari que le soir, il les enlève.  

Il nous fait faire le tour de la société historique locale. C'est que, dans ce jeune pays, on dorlote le peu de passé que l'on possède. Nous contemplons des photos sépia, des jouets, un pianola, les uniformes de Joe Lawlor - un fils de la ville qui a servi dans les deux conflits mondiaux, des lanternes magiques... Ou des journaux intimes, tenus par des femmes il y a un siècle. Des femmes qui devaient s'ennuyer ferme, dans leur ferme au milieu des champs de maïs à perte de vue, avec le mal du pays d'origine et la douleur causée par la mortalité enfantine élevée. Nous les avons vus défiler depuis “La Petite”, ces mêmes champs de maïs, depuis que nous avons traversé le Mississippi à Dubuque. Des étendues vertes, des fermes construites en bois et peints en bordeaux et blanc, des silos métalliques, des châteaux d'eau affichant en gros caractères le nom de la localité desservie. Ici, une exploitation agricole peut couvrir un gros morceau de notre Grand-Duché! Soudain, on voit un petit avion jaune faire de la voltige. De la voltige, au ras des champs? Que nenni! Il s'agit d'un avion à épendage d'insecticides.  

Un peu plus tard, nous faisons une halte près d'une petite piste où les avions se relaient. Un vieux biplan Grumman est en train de charger ses 900 litres d'insecticide à partir d'une cuve en plastique.

Buck Eddings, le colosse qui pilote l'engin, m'explique: C'est un travail de précision. Nous passons à près de 200 km/h à un mètre d'altitude. On n'a pas droit à l'erreur... 

D'autres avions arrivent et décollent dans une ronde incessante. Des Ayres Thrush, avec leur puissant moteur en étoile de 600 CV, capables de charger 1500 litres d'insecticide. Chaque avion est desservi par une équipe de deux hommes. Le pilote, souvent un vieil as grisonnant, et un mécanicien qui fait le plein de carburant et d'insecticide, le tout le plus rapidement possible. Time is money! x Le biologiste en moi frissonne à l'idée de ces tonnes de poison déversées chaque jour. En 1962, Rachel Carson écrivait dans son livre “Silent Spring”: « Si nous continuons à déverser des insecticides de façon inconsidérée, ces produits toxiques vont entrer dans la chaîne alimentaire et finir par tuer les animaux en bout de chaîne, en premier lieu les oiseaux. On ne les entendrait plus jamais chanter, et nos printemps deviendraient silencieux. » 

Près d'un demi-siècle plus tard, il y a encore des oiseaux dans l'Iowa. Mais autant qu'avant? Devant moi, d'autres oiseaux, jaunes et motorisés, continuent leur ronde. Pour le meilleur ou le pire...

Mais si je me suis arrêté à Ames, ce n'est ni pour voir les trains de charbon passer, ni pour m'inquiéter des méfaits possibles de l'agriculture extensive. C'est parce que la paisible ville d'Ames a été, pendant un bref instant, au cœur de l'action de la Grande Course automobile de New York à Paris. Le 2 mars 1908, dix-huit jours après le départ de New York, la Thomas Flyer était la première voiture de la caravane à atteindre Ames. L'équipe avait vaincu les tempêtes de neige et les congères du Nord-Est, maintenant ils avançaient tant bien que mal à travers les pistes boueuses de l'Iowa qui menaçaient à chaque instant d'engloutir les véhicules.

La mairie et la population attendaient les coureurs, un banquet avait même été préparé (Dennis me montre le menu qui était prévu), mais les coureurs ne se sont arrêtés que brièvement avant de continuer leur folle course à travers le continent, laissant au maire et les autres notables de la ville le soin d'engloutir le saumon et les côtes de porc. La Züst passa le 3 mars, la De Dion-Bouton le 10, la Protos le 13. Les voitures furent entreposées et débarrassées de leur couche de boue dans les écuries locales pendant une nuit, mais les équipes, qui dormaient dans l'hôtel Ames, avaient encore plus hâte de repartir que les Américains, qui avaient pris une longueur d'un état d'avance sur les Italiens dans la Züst, deux états d'avance sur les autres concurrents. Pourtant les foules qui attendaient patiemment le long d'Onondaga Street (maintenant: Main Street) ne voulaient pour rien manquer de voir ces merveilleux fous roulants dans leurs drôles de machines... Ils furent comblés quand Charles Godard arriva à bord de sa MotoBloc.

(Photo: archives de la Ames Historical Society)

Car ce petit escroc, vétéran du Pékin-Paris de 1907 lors duquel il avait copieusement triché, et qui pour ce nouveau rallye se faisait appeler “Baron”, allait s'arrêter pour de bon à Ames, devenant ainsi le deuxième à abandonner. Pourtant, au départ de New York, il avait clamé haut et fort que vu son expérience de la course précédente, il partait largement favori. Deux mille cinq cents kilomètres de neige et de boue plus loin, il jeta l'éponge, sans pour autant perdre de sa superbe. D'aucuns avaient prédit qu'il n'était pas pressé de rentrer en France, étant donné que la justice l'attendait pour détournement d'argent. La MotoBloc finit sa vie dans une grange à Boone, à 25 km à l'Ouest d'Ames. Quant à Godard, personne n'a entendu parler de lui depuis...

 





Une sœur américaine (Samedi 24 juillet 2010 - 370 km)
Modifié le 27/07/2010 à 12:48:11


Lorsqu'on se réveille dans notre motel de Lake Bluff, dans la banlieue nord de Chicago, la pluie est torrentielle. Nous sommes déjà trempés avant de prendre la route, et l'eau de pluie est rentrée un peu partout dans “La Petite”, qui n'est pas très étanche...

Les vitres s'embuent, l'ambiance est morose. Nous nous dirigeons vers le nord, au milieu de champs détrempés, par des routes parfois inondées. Nous arrivons à Delafield dans la banlieue de Milwaukee, Wisconsin, chez Arthur et Mary Cunningham et leurs enfants. Arthur est en train de travailler sur une Renault 4CV de 1961, qu'il avait acheté il y a des années, dans l'Arizona. Grâce à ce séjour dans l'un des états les plus secs, sa “Petite” ne montre aucune trace de rouille.

Sa voiture, qui possède une plaque spéciale de voiture de collection :

est un modèle spécialement conçu par Renault pour l'exportation aux USA, dont témoigne un autocollant dans le coffre :

Je note plusieurs différences avec les modèles européens : les phares sont plus grands, il y a des clignotants sur les ailes, des vitres coulissantes, des ceintures de sécurité, et la peinture est bicolore. Nous conduisons nos deux “Petites” vers un parc, où nous les photographions ensemble.

Nous prenons congé des Cunningham et roulons vers le sud-ouest. À un moment donné, j'aperçois les traces de pneu d'une voiture qui a fait des embardées. Je place “La Petite” de telle façon qu'on pourrait croire que c'est Elle  qui a dérapé. Rassurez-vous : ce n'est pas le cas !

Nous arrivons à Dubuque, sur le fleuve Mississippi. Dans le port fluvial, il y a plusieurs bateaux typiques avec leurs deux cheminées et leurs roues à aube. Devant le musée, on mesure bien les dimensions d'une telle roue:

Nous terminons notre journée dans un MacDonald, non pas parce que c'est là qu'on sert notre nourriture préférée, mais parce que dans tous les MacDo des USA, il y a la connection WiFi gratuite : c'est bon à savoir !





2000 km ! (Vendredi 23 juillet 2010 - 190 km)
Modifié le 25/07/2010 à 04:26:13


Dès la sortie du camping, à Union Pier, Michigan, nous tombons encore sur une ancienne. Cette fois-ci, il s'agit d'une Chevrolet De Luxe datant de 1951.

À peine quelques kilomètres plus tard, à New Buffalo, Michigan, c'est une Mercury de 1939 qui se trouve sur le bord de la route...

Décidément, la journée sera riche en belles Américaines anciennes, car à Michigan City, dans l'Indiana, nous visitons Rag Tops, un musée de voitures. Il y en a plusieurs dizaines qui sont exposées. Elles sont rutilantes et impressionnantes, à l'image de cette Buick 225 décapotable, datant de 1959, la même année de construction que celle de “La Petite” ! Mais je préfère les rencontres spontanées le long de la route...

Et puisqu'on parle de “La Petite” (de qui d'autre, de toute façon ?), voici un panneau bien étonnant sur le bord de la route qui mène de l'Indiana à l'Illinois... (pour info : sur les pages anglophones de ce blog, “La Petite” s'appelle “Little One”)

Nous arrivons enfin dans la banlieue sud de Chicago. Et le compteur indique que nous favons déjà parcouru 2000 km ! Le témoin est une charmante noire qui s'appelle Tawanna Miller.

 

La température extérieure est de 38°C... Et nous avons toute l'agglomération de Chicago à traverser - la bagatelle de 60 kilomètres ! La route que nous empruntons est parfois à six, parfois à huit voies... Des voitures et des camions nous dépassent de tous les côtés. Il faut avoir les nerfs solides et garder son calme !

Puis on rentre, sous cette chaleur accablante, dans les embouteillages de l'heure de pointe :

Et après la chaleur étouffante, pour couronner le tout, l'orage éclate et nous sortons de Chicago sous des trombes d'eau :

Nous sommes épuisés lorsque nous atteignons un petit motel. On décide que ça suffit pour la journée !

 




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