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Baturino (18-19 août 2008)
Modifié le 31/12/2008 à 05:29:50


Je m'étais juré de revoir Arsenya, la Mère Supérieure du couvent de Baturino. Nous avons encore des choses à nous dire. Véritable expédition. Avec Tanya, on commence par prendre une marshroutka jusqu'à l'embranchement de la route vers Kumbiska et Lenina. Nouvelle marshroutka, qui traverse la montagne direction Turuntaevo et Ziriansk, où le minibus fait une courte halte. Nous nous promenons dans le petit village avec son église blanche. On reprend la route. Quelques kilomètres plus loin, nous descendons au monastère. Accueil chaleureux. On nous sert un copieux repas avec salade et poisson fumé dans le réfectoire. Il y a du thé, du pain, du miel, des friandises. La vie monacale a ses bons côtés ! Après une sieste dans la bibliothèque, Mère Arsenya vient nous chercher pour une promenade vers la croix sur la montagne qui surplombe le monastère. Elle porte un petit sac à dos. Toujours coiffée de sa calotte noire, sous son long habit noir se cache le corps de celle qui était, jadis, dans sa Caucase natale, une adepte d'alpinisme. Dès que nous nous attaquons à la pente abrupte qui traverse la forêt, elle avance d'un pas assuré et rapide. Je m'efforce de la suivre et j'y parviens, mais il est clair qu'elle est en meilleure condition physique que moi. Tanya traîne loin derrière et nous devons faire plusieurs haltes pour l'attendre. La forêt est belle, ça sent la résine, il y a des champignons, des insectes, des araignées... Créatures de Dieu pour Mère Arsenya, merveilles de l'évolution pour moi. La beauté environnante, malgré nos philosophies si différentes, nous unit.



Parvenus au sommet, à côté de la Croix qui surplombe la vallée, je laisse Mère Arsenya à ses prières.



Puis, nous nous installons sur les rochers au pied de la Croix. En bas, le monastère blanc coiffé de ses coupoles vertes.



Mère Arsenya ouvre sa besace et en sort un thermos de thé, des gâteaux, des pommes. Tout en dégustant ces bonnes choses, elle me raconte sa vie. Sa jeunesse au pied du Caucase et aux abords de la mer Noire, sa mère, les raisons qui l'ont poussée à embrasser une vie monastique. Parfois elle s'interrompt pour chercher le mot juste en anglais. C'est une femme dotée d'une vive intelligence, d'une grande sensibilité. Bien que plus jeune que moi, elle semble empreinte d'une grande sagesse dépassant la mienne. Son statut de ‘Mère’ est justifié. Elle inspire confiance, elle rayonne de bonté. Je me raconte et me confie à mon tour. Elle note les noms Marie-Xavier, Olivier, Yann sur un morceau de papier. Elle me promet qu'elle priera pour eux. Et venant de cette femme exceptionnelle, cette pensée me satisfait et m'apaise. En fin d'après-midi, nous redescendons de la montagne. Sur la route poussiéreuse qui mène vers le monastère, Tanya, Mère Arsenya et moi sommes précédés par nos ombres.



Je m'essaie à une séance de KAP, mais dans les courants d'air turbulents autour du clocher, le Fled se retourne soudainement et s'écrase sur une chapelle. C'est avec beaucoup de mal qu'aidé de Tanya, j'arrive à récupérer cerf-volant et appareil photo. Je monte dans la tour du clocher, qui offre non seulement une vue sur la campagne environnante et les jardins potagers, mais aussi sur les élégantes réserves de bois du monastère.






Une jeune religieuse, Sœur Vera, s'adonne avec une joie évidente à faire sonner toutes les cloches du carillon.



Le soir, Tanya et moi aidons Sœur Ekaterina, Sœur Irina - une musicienne qui a préféré la vie monastique à celle de l'orchestre - et une autre hôte, Lia, à écosser une montagne de fèves qui seront congelées pour l'hiver.



L'atmosphère est paisible. Pendant que nos mains s'affairent, j'écoute la conversation des quatre femmes. Je n'ai pas besoin de comprendre. Je m'empreins des sons...



Tanya et Lia passent la nuit dans la bibliothèque. Moi, je dors dans la petite bâtisse près de la grille d'entrée du monastère avec un moine travailleur de passage. Quelqu'un de bourru qui ne m'adresse pas plus de deux mots.
Le lendemain, il fait froid, le ciel est gris et l'on annonce des orages. Avec Tanya, on décide de rentrer à Ulan-Ude. Après le petit-déjeuner, nous faisons nos adieux à Mère Arsenya. Comme il ne passe que très peu de minibus sur cette route, je décide de faire du stop. Une fois en place, je constate à ma grande frustration que les seules voitures qui passent roulent vers le nord, alors que nous devons voyager dans l'autre direction. Tanya, dont l'anglais est parfois difficile à comprendre, me dit quelque chose comme « Grâce à Mère Arsenya, on va y arriver ». Va pour les prières de la religieuse... Au bout d'un moment, un break blanc apparaît en haut de la colline. La première voiture depuis une vingtaine de minutes qu'on est là à rouler vers le sud. J'avance, exhibe un large sourire et agite ma main, pouce levé. La voiture ralentit et vient se garer sur le bas-côté. Je jubile, avant de découvrir à ma grande surprise que le conducteur n'est personne d'autre que Mère Arsenya en personne ! Nous prenons place sur la banquette arrière. La religieuse, toujours coiffée de sa calotte noire, démarre en trombe et roule à une vitesse impressionnante sur la route mouillée par la pluie. De temps à autre elle regarde l'heure. C'est une véritable course contre la montre, pour ne pas louper la dernière marshroutka au départ de Turuntaevo. Deuxième adieu.
Avec quelque difficulté, nous trouvons chacun une place dans deux minibus différents. En route vers Ulan-Ude, pour mes derniers jours sur le sol russe.




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